Extrait de « Mon Héritage » — à paraître

Mon histoire

Pourquoi j'ai créé Le P.A.S.SAGE®

Ce texte n'a pas été écrit pour cette page. C'est le tout début du livre que j'écris — « Mon Héritage ». Je vous en offre ici les premières pages.

Je n'ai jamais eu l'intention d'écrire un livre.

Pendant longtemps, j'ai même pensé que ce genre de démarche appartenait à ceux qui avaient une leçon à donner — et je ne me suis jamais senti autorisé à en donner une. J'ai simplement vécu. Mal, parfois. Debout, d'autres fois. Et un jour, sans grande théorie, différemment.

Si j'écris aujourd'hui, ce n'est pas parce que j'ai trouvé une réponse que les autres n'auraient pas. C'est parce qu'à un moment de ma vie, quelqu'un — un livre, une parole, une rencontre — m'a permis de continuer à avancer sans savoir où j'allais. Et je crois qu'on ne rembourse jamais vraiment ce genre de dette. On la transmet.

C'est le sens du titre de ce livre. Mon Héritage ne parle pas de ce que je vous laisserai un jour, dans un testament ou dans une succession. Il parle de ce que j'ai déjà reçu — de mes blessures autant que de mes joies, de mes absences autant que de mes présences — et de ce que j'ai choisi d'en faire.

Parce qu'un héritage, ce n'est jamais seulement ce qu'on nous donne. C'est aussi ce qu'on décide de transformer avant de le transmettre à notre tour.

Ce livre n'est pas un manuel. Vous n'y trouverez pas sept étapes vers le bonheur, ni une promesse de guérison. Je ne crois pas à ce genre de promesses et je me méfie de ceux qui les font. Ce que je peux vous offrir est plus modeste et je l'espère, plus honnête : le récit d'un chemin — le mien — avec ses détours, ses effondrements, ses trouvailles improbables et ce qu'il m'a appris sur la manière dont on peut, malgré tout, continuer à vivre.

Si une seule phrase de ce livre vous aide, un jour, à faire un pas que vous n'osiez pas faire, alors il aura rempli sa mission. Pas pour que vous marchiez dans mes pas — je ne le souhaite pas et ce ne serait de toute façon pas possible. Mais pour que vous trouviez, quelque part dans ces pages, la permission de commencer les vôtres.

Philippe Grand — portrait

Nous sommes tous de passage

Il y a des soirs qui ne devraient exister dans aucune vie et qui pourtant en traversent des milliers à la fois.

Le mien a eu lieu un vendredi de novembre. J'avais quarante et un ans. J'étais dans une salle de concert, à Paris, avec l'insouciance particulière des soirs où l'on ne sait pas encore qu'on est en train de vivre le dernier instant d'un monde.

Je ne raconterai pas cette nuit en détail. D'autres l'ont fait, avec plus de justesse ou plus de courage que je n'en aurais. Ce que je peux dire, c'est ce qui m'est resté, bien après que le bruit se soit tu : la certitude, glaçante et libératrice à la fois, que nous ne sommes que des passants sur cette terre. Que rien de ce que nous construisons — les carrières, les certitudes, les habitudes qui nous rassurent — n'est à l'abri d'un instant.

Cette nuit-là, une intuition m'a sauvé. Un ami était resté au fond de la salle ; je lui ai demandé de venir devant, avec moi. Quelques minutes plus tard, ce simple déplacement a fait toute la différence entre continuer à exister et ne plus jamais rentrer chez moi. Je n'ai jamais su expliquer pourquoi j'ai eu ce geste. Je ne cherche plus à l'expliquer. J'ai appris, depuis, que certaines décisions ne viennent pas de la réflexion — elles viennent d'ailleurs et il faut simplement avoir le courage de les écouter.

Je suis reparti vivant de cette salle. Mais ce qui est reparti avec moi n'était plus tout à fait la même personne.

On dit souvent que ce genre d'épreuve nous « change ». C'est vrai, mais ce n'est pas assez précis. Ce qu'elle a changé, chez moi, ce n'est pas mon caractère, ni mes goûts, ni même vraiment mes valeurs. Ce qu'elle a changé, c'est mon rapport au temps.

Avant, je vivais comme si j'avais un stock infini de journées devant moi. J'en gaspillais beaucoup sans même m'en rendre compte — dans des colères qui ne méritaient pas d'exister, dans des silences que je laissais durer par fierté, dans une carrière qui me demandait tout et ne me rendait presque rien. Après, chaque journée a commencé à peser un poids différent. Pas plus lourd — plus précieux.

Je ne dis pas cela pour dramatiser ce qui m'est arrivé. Beaucoup de personnes ont vécu et vivent encore, des nuits bien plus longues que la mienne, sans qu'aucun projecteur médiatique ne vienne jamais éclairer leur douleur. Un deuil silencieux. Une maladie qu'on traverse seul. Une rupture qui vous vide de l'intérieur sans que personne, autour, ne s'en aperçoive vraiment. Je crois que toutes ces nuits-là, aussi différentes soient-elles dans leur forme, racontent la même chose au fond : nous sommes tous de passage.

C'est une phrase qu'on entend souvent et qu'on écoute rarement vraiment. On la range, généralement, dans la catégorie des évidences — de celles qu'on hoche poliment sans qu'elles nous atteignent. Il a fallu que je manque de disparaître pour l'entendre autrement. Pour comprendre qu'elle n'est pas une évidence triste, mais une clé.

Parce que si nous sommes tous de passage, alors la question qui compte n'est plus combien de temps me reste-t-il — question à laquelle, de toute façon, personne n'a jamais de réponse fiable. La question devient : que fais-je du temps qui m'est donné, précisément parce que je sais qu'il ne m'appartient pas indéfiniment ?

Je n'ai pas trouvé cette réponse ce soir-là. Il m'a fallu des années — des années de reconstruction, d'erreurs, de nouvelles chutes, avant de commencer à l'esquisser. C'est cette traversée que je raconte dans les pages qui suivent : non pas parce qu'elle est exceptionnelle, mais parce qu'elle est, je crois, profondément humaine. Elle parlera à ceux qui ont vécu un attentat comme à ceux qui n'en vivront jamais. Parce qu'au fond, ce qui nous relie tous n'est pas la nature de nos épreuves. C'est ce que nous choisissons d'en faire.

Pendant longtemps, j'ai cru que mon histoire était une succession d'épreuves.

Aujourd'hui, je la vois autrement. Elle était le chemin qu'il me fallait parcourir pour créer Le P.A.S.SAGE®.

Si vous lisez ces lignes, c'est peut-être que votre propre chemin vous conduit aujourd'hui jusqu'ici.